Tunisie : Concurrence et vraie régulation, seule voix passante pour les télécoms !
Monday, April 30th, 2007
Un conseil ministériel, présidé vendredi, par le président Zine El Abidine Ben Ali, a été consacré, le 27 avril 2007, à l’examen des perspectives de promotion du secteur des télécommunications. Le conseil a passé en revue les principaux indicateurs du secteur, s’agissant notamment de la qualité des prestations, du nombre d’abonnés et de l’apport des télécommunications aux secteurs de l’investissement et de l’emploi. Le conseil a aussi passé en revue les problématiques posées, en particulier concernant la concurrence et les services innovants et à valeur ajoutée.
Deux choses importantes attirent l’attention dans ce communiqué de la présidence de la République. D’abord l’étude lors de ce conseil de la question de la concurrence. La Tunisie vit en effet maintenant une situation inédite. Le pays est en phase de mutations profondes, avec des stratégies et des moyens énormes. Des stratégies pour booster ce secteur duquel dépendent, toute l’économie et le secteur des services en tant que relais des exportations conventionnelles, toute l’économie numérique et du savoir sur laquelle la Tunisie a bâtit sa stratégie d’emploi et de création d’entreprises.
Dans cette phase de mutations, il y a principalement Tunisie Télécom, l’opérateur qui tient dans une seule main toute l’infrastructure des télécommunications dans toutes ses composantes, filaire et autres. Tunisie Télécom est le seul opérateur fixe, il est le seul et unique opérateur data et c’est entre ses seules mains qu’il tient le Backbone national (Est-ce encore normal alors que ce prépare l’interconnexion des ministères et autres et TT se privatisera à plus grande échelle ?) et toute la bande passante internationale. Tunisie Télécom dont on avait beaucoup espéré du partenaire stratégique et qui se met d’abord à vouloir rentabiliser ce qui existe avant d’essayer d’investir dans de nouvelles choses, jusqu’à se demander si elle aurait bien lancé son second appel d’offre ADSL, si elle n’était pas encore à 65 % entreprise publique. Tunisie Télécom qui s’investit dans le GSM et oublie totalement (au moins jusqu’à présent) le réseau fixe ! Tunisie Télécom qui «utilise» (On le sait, on n’a pas arrêté de nous le répéter sans preuve aucune, que tout est réglementaire) ce fixe pour remporter des contrats signés avec son concurrent !
En face de TT, il y a des FAI qui n’ont que très peu de pouvoir pour améliorer l’Internet ou l’Adsl par exemple. En face de TT, il n’y a qu’elle pour décider quel service offrir et quel autre supprimer, pour fixer les prix et les tarifs, y compris pour des centaines d’entreprises de SMS à valeur ajoutée qu’elle veut obliger à changer de contrat et qu’elle ne paie que lorsqu’elle veut ! Ce n’est pas tant parce qu’on est contre TT qu’on évoque ces questions. Au contraire, c’est parce qu’on voudrait qu’elle reste cet important support du développement des TIC qu’on les évoque, qu’elle reste aussi l’entreprise citoyenne qu’elle était avant de tremper dans les eaux (parfois troubles) de la rentabilité économique et financière à tout coût.
La solution reste la libre concurrence. Le conseil ministériel présidé par le Chef de l’Etat tunisien Zine El Abidine Ben Ali, le confirme lorsqu’il insiste sur «l’impulsi pensée. Et la concurrence par, comme le souligne aussi le Chef de l’Etat tunisien, «l’optimisation du rôle organisationnel de l’instance nationale des télécommunications».
Cette entité ne semble en effet pas, pour l’instant jouer le rôle qui doit être le sien. A lire certains compte-rendu, publiés sur son propre site Web, de plaintes déposées par l’un ou l’autre des opérateurs de téléphonie GSM qu’elle renvoi devant les tribunaux au lieu de trancher par elle même, on aurait même qu’elle ne veut pas ou qu’elle a peur de jouer son rôle de régulateur impartial et subjectif ! A voir aussi que chacun de ces opérateurs (y compris dans le domaine de l’Internet d’ailleurs) donne ses propres chiffres de tous genres sans que cette instance ne broche, on se demanderait presque ce que cette instance fait ! Qui mieux que cette autorité (revue et corrigée peut-être) pourrait veiller à l’application de cette directive du Chef de l’Etat tunisien lorsqu’il réaffirmait, au cours de ce dernier conseil ministériel, «l’impératif de la haute qualité, concernant les services de télécommunication, de manière à fournir à l’entreprise économique un outil de compétitivité efficace et de satisfaire l’aspiration de tous les usagers à de meilleures prestations». Cela devrait être aussi le cas pour l’Internet où la gabegie la plus complète règne au mépris total du consommateur qui ne sait plus à quel saint se vouer, entre une TT qui se dit Nikel et tout en règle de toutes les côtés de la connexion et les FAI qui ne font que renvoyer l’ascenseur au même TT qui fait payer tout le monde en arguant que le mot Adsl signifie bien «débit non garantit». Elle garantit pourtant notre paiement ! A-t-on d’ailleurs un autre choix en l’absence d’un vrai régulateur ?
K. Boumiza
www.africanmanager.com
